Le rugissement n’a pas encore la puissance des grandes nations, mais il existe de nouveau. Et cela, après trois décennies de silence, suffit déjà à changer le paysage. À Kigali, dans l’écrin moderne de la BK Arena, les Guépards handballeurs ont signé bien plus qu’un simple retour à la Coupe d’Afrique des Nations. Ils ont ouvert un cycle.
Le samedi 31 janvier 2026, pendant que l’Égypte confirmait sa domination continentale, une autre histoire se jouait en parallèle, loin des projecteurs du podium. Celle d’une sélection béninoise revenue sur la scène africaine avec humilité, lucidité… et une foi nouvelle.
Le choc du réel, sans détour
Pour le Bénin, l’entrée en matière fut rude. Le Maroc et le Cap-Vert, habitués aux joutes continentales, ont imposé leur tempo, leur densité physique, leur maturité tactique. Trois défaites consécutives, nettes, sans appel. Le prix d’une inexpérience assumée.
« Ce sont des nations installées depuis longtemps. Nous, nous sommes venus apprendre »,
confie sans détour Basile Nouatin, Directeur technique national. Une analyse partagée par le sélectionneur Basile Pinto, qui pointe un manque structurel : l’absence de matches amicaux internationaux en amont.
« Le match officiel, c’est une pression que rien ne remplace. Quand on ne s’y frotte pas régulièrement, on le paie cash. »
Une équipe qui grandit sous nos yeux
Mais réduire la CAN béninoise à ce départ difficile serait une erreur de lecture. Car match après match, les Guépards ont appris. Observé. Corrigé. Progressé. Kigali est devenu un laboratoire grandeur nature.
Le déclic survient lors de la Coupe du Président. Face au Congo, le Bénin arrache un match nul (27-27) à la force du collectif. Discipline, solidarité, maîtrise émotionnelle.
« Je m’attendais à une lourde défaite, mais j’ai vu une équipe structurée, courageuse », témoigne Barry Babatchéné, entraîneur expérimenté du championnat local.
La dynamique se confirme contre le Kenya (33-30), première victoire libératrice, avant un succès éclatant face à la Zambie (42-25), synonyme de 13? place finale. Une rencontre marquée par la performance offensive de Charly Koani, élu homme du match, mais fidèle à l’ADN collectif :
« Rien de tout cela n’est individuel. C’est le groupe qui m’a porté. »
Le vrai trophée ramené de Kigali
Au-delà du classement, c’est l’évolution collective qui frappe. Une équipe plus sûre d’elle, plus fluide dans ses schémas, plus audacieuse. « Ils ont commencé à jouer libérés, à prendre du plaisir », observe Basile Nouatin. Le capitaine Sankara Salibia parle d’« une confiance retrouvée », essentielle pour l’avenir.
Ce tournoi a surtout permis d’identifier clairement les chantiers à ouvrir. Priorité numéro un : l’exposition internationale. Plus de matches, plus tôt, plus souvent. Autre urgence : le poste de gardien, le renforcement du vivier national et l’intégration de binationaux évoluant en Europe.
La formation des entraîneurs locaux s’impose également comme un levier central. « Le handball moderne évolue vite. Nos techniciens doivent évoluer avec lui », insiste Barry Babatchéné.
Quand l’infrastructure devient un facteur de performance
La BK Arena a laissé une empreinte forte. Parquet rapide, équipements modernes, sécurité optimale. « Nos joueurs osent ici. Ils plongent, ils s’engagent », note le DTN, avant de pointer une réalité nationale plus contraignante. Un argument supplémentaire en faveur du projet d’aréna à Cotonou, désormais perçu comme un accélérateur indispensable.
Un retour rendu possible
Ce retour sur la scène africaine n’aurait pas été possible sans le soutien du gouvernement béninois et du ministère des Sports. Conditions de préparation, logistique, accompagnement : l’engagement de l’État est unanimement salué. « C’est une base solide pour construire », souligne le capitaine.
Et maintenant ?
Treizième sur seize. Le chiffre est modeste, mais le symbole est immense. Le Bénin est de retour. Une génération a appris ensemble. Un socle existe. Les objectifs sont clairs : Jeux Africains, CAN 2028, et à terme, intégrer durablement le premier cercle continental.
« La persévérance fera la différence », résume Barry Babatchéné. À Kigali, les Guépards n’ont pas gagné une médaille. Ils ont retrouvé leur place. Et surtout, une direction.